Utopie Critique....

Publié le par ziggypop

Le métier de critique est récent. Au 19ème siècle seulement on commençait à parler du métier de journalisme. Le critique est libre, mais responsable. Il doit concilier la liberté de ceux qui veulent informer ou être informé.
De nombreuses personnes s’insurgent contre les critiques musicaux. Surtout les artistes. Amour propre blessé ou éternels incompris ?
  

Contrairement à ce qu’on peut penser, la plupart des journalistes musicaux n’ont pas fait d’études spécifiques journalistiques, mais écrivent par passion.

 

Une vocation à part entière. 
Les premiers signes d'une vocation peuvent apparaître dans une cours de lycée, à la sortie d'un concert ou dans une chambre, à s'enflammer pour un disque, à analyser les détails d'une performance scénique, à emmagasiner une quantité invraisemblable de sons et d'informations sur des gens qui vous ont pris aux tripes.
Mais également, avoir l’envie de partager, de faire découvrir des styles différents, des groupes qui ont marqué sur scène ou des albums qui ont fait partir au septième ciel.

Bref, ce besoin de partager un enthousiasme, de donner des conseils, de décrypter des messages individuels et collectifs est l’essence même du journaliste musical.

Il faut donc être curieux et surtout ouvert d’esprit et d’oreilles. Ne pas se cantonner à un style de musique mais connaître plus de musique qu’il n’en faut pour pouvoir apprécier tel ou tel style musical.
Les lieux de travail sont très diversifiés, lieux de spectacles, collectivités locales, entreprises dédiées à la musique ou au son. Il est vraiment impossible de citer l’ensemble de ce créneau d’une manière exhaustive, les employeurs potentiels pouvant tout aussi bien s’appeler Sony Music que le Théâtre Jean Vilar à Triffouilly les Ois…  
Le journalisme en général est un travail fait sur le terrain. Le terrain en musique sont les salles de concerts, les festivals et le salon ou le bureau dans lequel le journaliste utilise des outils bien plus important que son ordinateur et son téléphone portable : sa chaîne Hi-Fi, sa sensibilité et ses oreilles.  

 Le rôle du journaliste-critique musical, ses travers et ses qualités. 
Le rôle d’un journaliste musical est avant tout de faire découvrir d’autres artistes que ceux qu’on entend à la radio, ou dont on voit les clips sur M6, MTV ou MCM.
Le rôle d’un journaliste musical est donc celui d’un critique n’hésitant pas à dire ce qu’il pense sans avoir peur de la réaction de l’artiste ou de la maison de disque, tout en utilisant sa plus grande diplomatie. 

Selon moi, le journaliste musical se doit d’être honnête avec son auditoire ou ses lecteurs car ceux-ci lui font confiance quant au choix des futurs disques à acheter ou des futurs concerts à aller écouter. Mais souvent, les magazines musicaux sont victimes des diktats des majors et de leur service marketing.
En effet, le journalisme indépendant a presque entièrement disparu, et ce que l’on pourrait appeler “l’opinion critique” est aujourd’hui pratiquement absente des revues musicales. La survie d’une revue musicale dépend directement de ses annonceurs, c’est-à-dire de ceux qui achètent des colonnes et des pages afin de vanter les mérites d’un nouvel album.

Et qui s'occupe de cela?

Les holdings de l’industrie musicale.

Ces holdings sont-elles intéressées par le développement des revues qui critiquent leur production? Je ne pense pas.

Toute revue souhaite être lue par le plus de gens possible. Or les gens s’intéressent, pour la plupart, aux grandes vedettes de la musique, et ces grandes vedettes se trouvent sous la coupe de l‘industrie musicale.

Et si une revue souhaite interviewer une grande vedette, la holding peut très bien refuser s’il s’agit d’un journaliste particulièrement virulent, ou si celui-ci travaille pour une revue généralement peu clémente avec la production de cette major.

 

Cela fonctionne aussi dans l’autre sens: si la major, ou plus précisément son service marketing, a très envie de faire publier l’interview d’une vedette et des louanges de son dernier album, il pourra le faire dans pratiquement n’importe quelle revue musicale.

D’ailleurs, cette réalité (le fait que les meilleures places dans les revues soient à vendre) est, encore aujourd’hui, catégoriquement niée par les revues musicales, lesquelles prétendent n’employer que des journalistes indépendants, qui expriment leur opinion personnelle.

 

Ce qui ne correspond malheureusement pas à la réalité.

Quoi qu’il en soit, le résultat est là: la presse musicale a cessé de critiquer qui que ce soit, et pourquoi ? Par pure soucis d’audimat.

On sent dans l’atmosphère une incroyable mainmise du politiquement correct musical.

Aucun journaliste ne vous l’avouera. Pourtant, presque tout le monde dans cette profession a « triché » au moins une fois avec la vérité. La plupart du temps, ces mensonges sont si petits que personne ne les repère. Le grand public ne connaît ni le fonctionnement d’une rédaction, ni l’emploi de pigistes (et donc pas forcément professionnels), ni les impératifs de ce corps de métier, ni bien sûr l’auteur du reportage lui-même.

Il ne s’agit pas de malhonnêteté, mais de maladresse. Les journalistes ne font que répondre à une pression de plus en plus forte exercée par la course à l’audience ou le manque de temps. Il arrive donc souvent que l’on entende quelqu’un mécontent d’avoir vu ou lu ses propos sortis du contexte. Autre point essentiel, où commence et finit l’interview ? Au déclenchement du magnéto ou à la seule présence de l’artiste ?


Il arrive que ces « détournements » de la réalité ne soient que dus par exemple à des propos évasifs et non manichéens. Très embêtant dans le cadre d’un arbitraire micro-trottoir. Peut-être même parfois par un manque d’approfondissement de la question (car on ne peut jamais en faire le tour, surtout si l’interrogé ne l’aborde pas). Et puis le journaliste a besoin d’une image symbolique, d’une phrase d’accroche pour que son papier soit lu, etc.
Même dans les rapports humains, il est difficile de décerner le vrai du faux. Est-ce un journaliste qui parle à un artiste ? (Et l’inverse) Ou bien tout simplement deux personnes qui dialoguent. Qui est un instrument dans l’histoire pour favoriser l’ascension de l’autre ?
Toute vérité est-elle bonne à déclamer ? Le critique doit-il forcément être responsable de la mauvaise publicité d’un groupe ? L’enjeu parait trop facile. A chaque guerre, sa victime, pourrait-on penser. Mais même si cette profession fascine autant qu’elle rebute, un journaliste ne peut être responsable de la défaillance du système. Les véritables coupables sont plutôt les multinationales qui multiplient l’achat des médias et l’achat d’espace en échange d’une audience « plus que potable », comme je l’ai expliqué un peu plus haut.


Vous devez sûrement vous demandez pourquoi j’ai choisi de parler du journalisme et critique musical si je trouve que lui même n’est pas assez critique ni honnête ?

Tout simplement parce que, au risque de paraître utopiste, j’aimerais pouvoir changer ce système devenu presque vénal et ne pensant pratiquement qu’au bénéfice d’un article publié au lieu de penser à l’échange intellectuel et musical entre un artiste et un journaliste.

 

Avec la montée en puissance des blogs, on trouve (enfin !) des critiques musicales dignes de ce nom.

En effet,  ce n’est plus le journaliste mandaté par sa rédaction qui écrit mais bien un homme ou une femme menant sa petite vie et qui a décidé de partager son amour pour la musique, sans langue de bois, avec ses coups de cœurs et ses coups de gueule. N’hésitant pas à varier ses plaisirs, voguant du Rock’n Roll au Hip Hop en passant par le Jazz ou la World Music.

Et c’est ce genre de journalisme qui m’intéresse.

Le journaliste passionné, aimant la musique comme si c’était son propre enfant. N’hésitant pas à faire un article qui reste fervent même s’il est déçu de la performance de tel ou tel artiste.

 

Mon guide du parfait journaliste. 
Voici selon moi (en toute modestie bien sur) ce qu’est un bon journaliste-critique musical :
Un bon critique est une personne incorruptible qui représente la plus grande majorité d’entre nous, ou au moins une catégorie sociale, une ethnie.
C’est une personne qui déniche de nouveaux talents et qui se met au niveau du lecteur ou de l’auditeur afin d’être compris par le plus grand nombre. Suivant la catégorie qu’il représente et la demande qui lui ai faite, il doit procéder à un duel intérieur.
En aucun cas, il ne peut outrepasser son rôle. A moins de s’exprimer en son nom, d’être lu pour « sa signature », ou de réaliser de l’éducation populaire. Car le critique peut vouloir influencer le lecteur ou l’auditeur, mais dans l’unique but de le faire grandir.
Etre blasé, est la limite à ne pas atteindre. Alors il est vrai qu’à force d’aller voir des concerts, les bons comme les moins bons, on en finit certainement à préférer le balcon à la fosse, à faire plus attention aux jeux de lumière qu’aux jeux de mains et performances vocales des musiciens, on peut devenir même snob au point où toutes nouveautés n’égalera jamais le son qu’il y avait dans les années 70 ou les concerts complètement dingues de la période punk des années 80 (comme ce que veut nous faire croire Philippe Manœuvre, le rédacteur en chef de Rock’n Folk).

Les gratte-papiers ne sont peut-être que de la viande en réalité, comme nous tous, fabriquant des articles sur mesure et à la demande. 
Mais il ne s’agit pas d’êtres mécaniques ou manipulateurs, il s’agit surtout d’êtres humains parlant de passions et essayant de les transmettre. 

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Publié dans coups de gueule

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C
... d'où peut-être une autre condition, implicite : le parfait critique doit rester bénévole ? Bon, chapeau pour l'article, il est impeccable. Ma première venue ici, pas la dernière.
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Z
et bien merci beaucoup de ton commentaire encourageant chtif...Bien entendu tu es le bienvenu ici...cheersZig